"Numéro neuf" - Double échec (septembre 2015)

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"Numéro neuf" - Double échec (septembre 2015)

Messagepar RadioBrunooo » 24 sept. 2015 22:57

Double échec

Le basket français avait rendez-vous avec l’histoire ou plutôt avec l’Histoire, avec un grand H. La génération
de Tony Parker voulait marquer l’Histoire de notre basket. De tout le sport français, si on en croyait certains
médias.

Cette Histoire qui mesure l’évolution d’une discipline dans un pays. Il s’agissait de la quatrième fois que la
France organisait un Euro sur son territoire, avec des résultats relativement proches finalement. Même s’il
s’agit d’époques aux contextes géopolitiques différents et que les comparaisons sont délicates. Même s’il y a
une marge entre une troisième et une cinquième place.

En 1951, troisième derrière l’URSS et la Tchécoslovaquie.
En 1983, cinquième, mais avec 4 victoires pour 3 défaites. L’Italie avait battu l’Espagne en finale.(*)
En 1999, la place du con, quatrième derrière l’Italie, l’Espagne et la Yougoslavie.
En 2015, troisième. Je vous épargne le nom du vainqueur de la finale contre la Lituanie.


Cette Histoire, dont on dit parfois qu’elle n’est qu’un éternel recommencement. Jeudi 17 septembre, l’histoire
du basket européen se répétait, en effet. La France et l’Espagne disputaient une prolongation en demi-finale
de l’Euro. Ce coup-ci, elle fut fatale aux Bleus. Elle mit un terme à l’aventure et surtout au rêve annoncé :
remporter le titre à domicile. Un rêve incarné par Tony Parker, qui avait personnalisé dans les médias la culture
de la gagne pour le sport français, pendant toute la période de préparation. Comme si le Championnat était
joué d’avance.

Or, la glorieuse incertitude du sport a frappé. Deux fois d’ailleurs, pour offrir une finale Espagne-Lituanie. Un
match qui n’a pas mobilisé le public français, juste les mordus de basket européen.

Un échec sportif
Pour cette équipe de France, perdre en demi-finale est un échec sportif car elle rassemblait des joueurs au
pedigree impressionnant, du jamais vu dans l’histoire de notre sport favori. C’est oublier qu’il y avait des
absences, pas forcément spectaculaires, au premier abord. Et pourtant...

Il manquait Diot et Heurtel, deux joueurs capables de shooter et de fixer-passer face à la défense de zone
espagnole. Ce qu’ils avaient fait respectivement en 2013 et en 2014. Antoine Diot, blessé au dernier moment,
Thomas Heurtel, retenu par son club, c’était une mauvaise nouvelle avant le début de l’Euro, pas pour le premier
tour, mais pour ces rencontres couperets qui nécessitent d’avoir des ressources supplémentaires fiables.

Image
Diot et Heurtel vus par 4 000 spectateurs en préparation à Pau, mais absents de l'Euro.

Il manquait aussi un autre pivot pour prendre le relais de Rudy Gobert en haute altitude. Son back-up, Joffrey
Lauvergne, a été immense. Mais il est certainement plus à sa place sur le poste 4, pour ces gros matchs. C’est à
ce stade de notre réflexion que plane l’ombre de Joakim Noah. Gobert + Noah + Lauvergne, en défense sur Pau
Gasol, c’est mieux que Gobert + Lauvergne + Diaw. C’est certainement pour cette raison que Vincent Collet le
garde dans un coin de sa tête, comme un vieux fantasme et qu’il ne fermera pas la porte si jamais Noah se rend
disponible pour un TQO en juillet.

Au regard des autres gros matches de ce championnat, il manque aussi un ailier capable de mener des drives à
leur terme, de transpercer la raquette et d’arriver au panier. Les Serbes et les Lituaniens ont ce genre de joueur.
Evan Fournier est un peu frêle pour les défenses physiques, rugueuses du jeu européen, qui bloquent à merveille
les accès à la raquette. Nicolas Batum devrait être ce joueur. Il n’est pas possible qu’il se cantonne dans le tir
derrière l’arc et un petit mouvement en ligne de fond. Est-il capable d’avoir cette progression ?


Nicolas Batum peut le (re)faire, on en (re)demande.

Et puis, on peut se demander s’il ne nous a pas manqué Parker. Il a été en demi-teinte sur l’ensemble du tournoi,
avec des éclairs de génie moins fréquents que sur les compétitions précédentes. Il a été régulièrement débordé
par ses vis-à-vis. Tony Parker serait-il sur le déclin ? Le mot est un peu fort et je comprends que ce serait
manquer de respect à cet immense joueur de lui faire porter toute la responsabilité de cet échec. Il est sûrement
encore capable de porter l’équipe sur certains matchs, mais il ne faut pas compter sur lui pour tout. Il a porté le
sport français sur ses épaules pendant l’été, c’en était presque ridicule, même vexant pour les autres. Il doit
probablement être utilisé différemment sur le terrain. Vincent Collet le sait, les autres joueurs doivent en prendre
conscience.

Quand on perd, les choix du coach sont discutés, fatalement. Vincent Collet aurait pu ouvrir plus son banc, il aurait
dû trouver une défense pour contrer Pau Gasol, etc… Oui, on peut toujours le dire après. On oublie que ce match
est l’aboutissement d’une longue préparation et que le plan de vol a été respecté jusqu’à la panne de carburant
des trois dernières minutes. En étant honnête, Vincent Collet a fait avec les moyens du bord, ça aurait pu passer,
mais non. Et on ne saura jamais ce qu’aurait donné une finale contre la Serbie.

En effet, le match pour la médaille de bronze, ce fut un autre match, entre deux équipes ravagées moralement et
surtout physiquement pour les Serbes dominateurs au premier tour dans un groupe très relevé. La moins ravagée
des deux l’a emporté, mais il ne s’agissait plus d’un affrontement au sommet qui aurait consacré la meilleure
équipe d’Europe du moment.

Un record...
Cette finale que nous n’avons pas aimée a été l’occasion de battre à nouveau un record d’affluence. Pour le coup,
les médias ont relayé cette information et la fédé s’en félicite chaque jour. La France, en organisant cette phase
finale à Lille, dans un stade de foot bricolé, a battu un record : 26 922 spectateurs ont assisté à France-Espagne,
la plus grande affluence enregistrée pour un match de basket européen en salle. >>Et rebelote pour la finale :
27372 spectateurs.

Image
Un record affiché aux yeux du monde.

Entre nous, ça nous fait une belle jambe. De mon point de vue, ces chiffres démontrent un succès pour les
organisateurs, mais ne sont pas forcément un bon indicateur de la portée médiatique de l’événement dans notre
pays.

Pour les quarts de finale, j’ai proposé à un ami d’aller regarder le match dans une brasserie en vogue. Je
précise que c’est dans une ville qui a une équipe en Pro-A. Coup de téléphone le matin pour savoir s’ils
retransmettaient bien France-Lettonie, on ne sait jamais. Pas de souci. Rendez-vous est pris. Le soir, nous
redemandons par précaution.
« Le match de quoi ? Ah non, ici, nous avons prévu de passer le foot, Paris-Malmö. Nous avons des clients
qui viennent exprès. »
Un obscur match de poule de Champions League. Zlatan plutôt que Tony. C’est la dure réalité.
Finalement, nous dénichons la perle rare, un établissement qui a choisi de diffuser le basket. Au bout d’un
quart temps, je jette un regard périphérique sur la salle. Nous étions six à avoir les yeux rivés sur un des
écrans. Les autres clients étaient plus concernés par leur assiette ou le décolleté de leur compagne. Je ne
vous parle pas de l’absence totale d’ambiance. Les serveurs ont commencé à perdre patience pendant la fin
de match et le petit jeu des lancers francs. Triste.

Les lendemains des matchs de l’équipe de France, si vous avez suivi les informations (journal télévisé, radio),
vous n’avez pas gaspillé votre temps si précieux. En moyenne, entre 15 et 30 secondes pour traiter le résultat,
rideau ! Il fallait regarder des émissions spécialisées pour avoir un compte-rendu, un vrai, ou un sujet.

Image
L'équipe de France médaillée de bronze, un événement?

Lundi, lendemain de notre décrochage salvateur de la médaille de bronze, quelle position a occupé cette
victoire dans l’information sportive ?

Première place pour les imbéciles d’OM-OL (du foot, soi-disant).
Deuxième place pour le changement de capitaine de l’équipe de Coupe Davis (c’est du tennis, des fois que…).
Troisième place pour l’équipe de rugby japonaise qui a surpris les Sudafs.
Quatrième, ouais ! Nos basketteurs et leurs breloques en bronze.


Loin du rugby
Plus personne pour parler de la fameuse locomotive du sport français… On le voit, la percée médiatique est
faible. Très, très loin de ce qui est consacré au rugby, par exemple. Depuis des mois, la Coupe du Monde est
annoncée, la préparation a été couverte, les matchs de préparation diffusés. De vrais matchs contre l’Angleterre
à Twickenham, puis au Stade de France. Bravo, bon choix médiatique. Même mes enfants ont regardé les
« crunchs » contre l’ennemi anglais, événements qui avaient été précédés de bandes-annonces accrocheuses.

Nos basketteurs, pendant le temps de préparation, ils ont gentiment jouté contre la Belgique, l’Allemagne,
l’Ukraine, la Russie, aux quatre coins de la France, dans l’anonymat le plus complet. Sauf pour les fans locaux et
tant mieux pour eux. Parce que nous n’avons toujours pas franchi les portes des retransmissions en clair. La
diffusion sur le service public des demi-finales et de la finale, ça ressemblait à une consécration, au moins une
récompense, mais si j’ai bien compris, la finale pour la troisième place, ce n’était pas prévu, alors qu’il y avait
une possibilité qu’on y participe, non ? Ce qui en dit long…

Nous n’avons pas non plus été inondés de produits dérivés. Pas de paquet de yaourts ou de brique de soupe à
l’effigie de nos idoles. Dommage pour les collectionneurs. A la reprise de l’entraînement dans mon club, j’ai
bien vu quelques maillots neufs. J’ai vu un Lebron James, un Derrick Rose, pas de Parker, ni de Diaw.

A l’arrivée, il manque encore beaucoup de choses au basket français et malheureusement, j’en ai peur, ce n’est
pas cet Euro qui l’apportera. Pas de titre supplémentaire, une médaille de bronze qui sauve les meubles. Pas
d’impact médiatique notable. Pas de lieu mythique qui restera, comme le Stade de France après la Coupe du
Monde 1998. Et peut-être pire, une stratégie médiatique très centrée sur Parker qui s’est retournée contre nous,
en collant une pression supplémentaire sur les épaules de notre leader.

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Parker, entre deux maires, sans pression.

L’émergence de notre sport favori comme sport majeur est différée. Je ne pense pas que nos dirigeants actuels
soient capables de faire mieux. Rien ne sert de miser sur une équipe pendant un événement. Il faut un véritable
travail de fond sur la durée. La vraie bonne nouvelle, c’est sûrement l’annonce faite autour du projet de l’ASVEL,
avec la salle, l’académie. Dans quelques années, Tony Parker et Boris Diaw pourraient revenir en France après leur
carrière. Forts de leur expérience NBA et de leur connaissance de l’Europe, forts de leurs succès avec l’équipe de
France et de leurs échecs aussi, ils seront peut-être capables de choisir les bons ingrédients pour faire prendre et
monter la mayonnaise, pour faire du basket un sport majeur dans notre pays.


(*) Pour le fun, offrez-vous au moins 5 minutes de ce petit France-Grèce de l'Euro 1983.
https://www.youtube.com/watch?v=7WEBSh0sdbI

Pour les commentaires : c'est ici.

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