"Numéro neuf" - Le basket en ProA, un spectacle ? (Mars 2016)

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"Numéro neuf" - Le basket en ProA, un spectacle ? (Mars 2016)

Messagepar RadioBrunooo » 23 mars 2016 19:41

Le basket en ProA, un spectacle?

Dans un monde où nous subissons la connexion à distance et la dématérialisation à outrance, que nous reste-t-il ? Il y a la soirée en toute
intimité à la maison. Il y a la bonne bouffe entre potes. Il y a le bistrot quand on en trouve un. Et il y a la possibilité d’assister à un spectacle
vivant. En acquérant un billet pour un match de ProA, vous pouvez même concilier plusieurs de ces activités, comme le prouvent certaines
retrouvailles entre forumers palois.

La difficulté, déjà, c’est de trouver le bon spectacle, celui qui va correspondre à vos attentes et dans lequel vous êtes prêt à consentir ou non
un effort budgétaire. Pour quelles sensations ? Avec quel degré de satisfaction ? Un match de ProA est-il encore un spectacle vivant ? La question
peut se poser. Je vous propose un descriptif commenté de certaines de mes sorties des derniers mois. Au rayon sport, j’ai assisté à deux
matchs de basket de ProA et à un match de rugby du Tournoi des Six Nations. Dans une autre catégorie, je suis allé voir une battle d’improvisation
et une comédie musicale.

Une soirée dans un gymnase
Commençons par l’unique match totalement raté par l’Elan cette année : Paris Levallois recevait nos chouchous le 24 octobre. Franchement, à la
sortie de la salle Marcel Cerdan, c’était la soupe à la grimace. Une soirée dans un gymnase pendant laquelle nous n’avions rien eu à nous mettre
sous la dent. Pas de basket, pas d’ambiance, pas de suspense, pas de geste technique à vous faire lever, encore moins d’action collective qui
vous laisse admiratif.
Et pourtant. Il y avait une équipe avec le maillot de Paris, ville lumière, capitale du monde, Moulin Rouge et tout le tralala. Plus sérieusement, il
y avait au bord du parquet, et même souvent dessus, Antoine Rigaudeau, gloire du basket français. Il y avait son assistant, Frédéric Fauthoux,
figure de légende du basket béarnais. Une vraie occasion de faire mousser l’événement. La salle était pleine. Beaucoup de jeunes invités par la
fédé. Et bien, je parie le billet du match (un futur collector ?) que 90% des spectateurs présents n’avaient aucune idée du passé des deux membres
éminents du staff levalloisien.

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Fauthoux et Rigaudeau incognitos à Marcel Cerdan

De toute façon, l’animateur n’a utilisé que deux leviers pendant cette soirée. Le premier consistait à demander s’il ‘y avait des supporteurs de
l’Elan. Je suis témoin, il y en avait quelques-uns, bruyants, puis rapidement atones. Le second levier ? Demander s’il y avait des supporteurs du
Paris Levallois. Il y en avait quelques-uns aussi. Pas tant que ça et pas bruyants. Il faut dire que le spectacle n’était pas au rendez-vous.

Mais bon, comme nous l’avait confié Didier Gadou, un carton pizza à la main : « Il y a des matchs comme ça, où on ne sent à aucun moment que
ça va démarrer ». Ouais, pas de bol. Vu le prix payé pour la place, il n’y avait pas de quoi fouetter un cheval. On pouvait aller s’en jeter un
tranquille. C’était sans compter sur la typologie de la banlieue ouest. Un samedi soir à Daisy Town. Et là, il faut être encore plus motivé que pour
venir au gymnase. Pour trouver un coin pour boire un verre, il a fallu déambuler dans cette cité bien propre sur elle, mais vide de toute trace de
vie humaine, aussi froide qu’une nuit polaire.

Pas forcément du grand basket
L’ambiance fut nettement plus chaude au théâtre du quartier.
Pour un tarif imbattable, la battle. Bien installé dans un fauteuil, j’ai découvert cet exercice sans prétention. Une animation sobre et un habillage
musical plus que sympathique faisaient le lien entre les scènes d’improvisation. Même si tout n’était pas d’une grande qualité, j’ai passé un bon
moment. Je savais que je n’allais pas voir du grand théâtre. En regardant certaines rencontres de ProA à la télé, je sais à l'avance que je ne vais
pas forcément voir du grand basket. Après avoir vu un Le Havre-Nancy par exemple, je me suis dit que certaines équipes étaient plus proches de
la battle d’impro que d’une interprétation de scènes bien répétées à l’entraînement.

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Battle d'impro ou match de ProA? On peut hésiter.

Dans la catégorie au-dessus, j’ai eu le bonheur d’aller voir Cats, une comédie musicale très dansante. Clairement, vous mettez le prix. Mais
vous en prenez plein les yeux et plein les oreilles. Vous en reparlez à la maison pendant des mois. Des souvenirs pour la vie, ni plus ni moins.
En faisant le calcul, avec un billet de Cats, je vais voir au mieux deux rencontres de ProA, bien placé, juste derrière les loges. Autant vous dire
qu’on est loin du compte si on compare le rapport qualité/prix. En revanche, pour boire un coup, c’est le même combat. Que ce soit dans une
salle de basket ou dans un Zenith, sitôt le show terminé, le bar est fermé et on vous invite à sortir rapidement. Circulez, il n’y a plus rien à
boire ou à voir, c’est au choix. Ce qui laisse l’impression d’avoir fait l’essentiel pour l’organisateur. Vous avez payé votre place, vous avez vu
le match ou le concert, maintenant, il faut partir.

J’ai un vieux pote de basket qui était allé en coupe d’Europe en Belgique. Après le match, sur place, restaurant, puis boîte de nuit jusqu’à 3
heures du mat’. Sans aller jusqu’à cette extrémité, pourquoi est-il si compliqué en France de prendre un peu racine après le match, pour
discuter autour d’une mousse ?

Revenons au basket, c’est tout de même la matière qui nous anime au quotidien, celle qui nous fait rêver, celle qui nous fait coucher tard les
yeux rougis par l’écran de l’ordi, celle qui nous fait lever de nos sièges en gueulant comme des sauvages.
Deux mois après la purge parisienne, j’ai assisté à une journée de Noël, invité par le Comité. Orléans – Limoges. Annoncée « sold out » depuis
plusieurs jours, la rencontre attirait la grande foule, les quelques spectateurs non avertis se sont arrachés les dernières places debout. Le
deuxième retour de Philippe Hervé à Orléans, Limoges le couteau sous la gorge et une journée de Noël ! Que demander de plus, ça valait le coup.

Heureusement que je suis invité...
A la mi-temps, j’ai rencontré une vieille connaissance, une bière à la main (le signe distinctif de la vieille connaissance). Ancien coach de ProB
et de ProA, il ne pouvait que tailler en pièce le piètre spectacle proposé en première mi-temps. Des joueurs maladroits et peu combattifs, un
concours d’artillerie à 3 points, des arbitres incohérents. Il finit par dire : « Heureusement que je suis invité, ça me gênerait d’avoir payé 90
euros pour ça. » Les 90 euros, c’est pour deux places, je vous rassure. Mais tout de même, il faut se dire que dans la salle, il y avait des
spectateurs qui avaient dépensé cette somme pour voir « ça »…

Le « ça » comprenait un match insipide, un groupe de hip hop constitué d’un homme liane et de deux baleines et d’une séquence de lancers de
cadeaux tout juste dignes d’une fête foraine. Point barre. Le tout estampillé journée de Noël. Un troisième quart temps avec une embellie à
coups de 3 points des Orléanais offrit une pincée d’ambiance dans le palais et un poil de suspense à la rencontre. Même si ces tirs réussis étaient
le plus souvent des exploits individuels, pour ne pas dire des tirs forcés. Pas de quoi contenter un fan de beau jeu. Finalement, le spectacle était
surtout sur le banc limougeaud. Il y avait Mathieu Wojciechowski qui chahutait avec les espoirs du bout du banc. Il devait leur raconter comment
il avait obtenu un contrat de cinq ans dans un club engagé en Euroleague. Il y avait aussi Philippe Hervé qui parlait encore et encore à un Boungou
Colo boudeur, histoire de le conserver dans le match. On connaît la suite de leurs aventures.

A la sortie, un bilan assez simple. J’étais content d’avoir retrouvé quelques vieilles connaissances. Mais à part le fait d’avoir sorti sa carcasse
du train-train quotidien, aucun plaisir. Je me suis même demandé ce que j’étais venu faire là. Je vous rejoue le couplet de l’impossibilité d’aller
se rincer le gosier dans le quartier ? Pas la peine. Aussitôt le match fini, tu rentres chez toi vite fait pour ne pas rater la soupe, c'est le mieux
que tu puisses faire.

Finir la soirée entre potes à la buvette
Paris-Pau, Orléans-Limoges, pas des affiches énormes, certes. Mais on pouvait attendre mieux et surtout, quand on va voir un match de ProA, on
veut voir mieux. J’ai un ancien coéquipier qui m’affirme qu’il préfère cent fois aller voir une rencontre de Nationale 3 plutôt que les pros. Il voit
du basket, il y a de l’ambiance et il finit la soirée entre potes à la buvette, ou autour d’une assiette après certains matchs. A méditer.

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Une fin de soirée en toute simplicité, sans DJ.

Passons au rugby et au fameux Tournoi. Dans ma jeunesse, mon père arrêtait de bosser pour regarder le match à la télé. C’était un monument,
le Tournoi. Depuis bien longtemps, je lis et j’entends que l’ambiance autour d’un match de l’équipe de France de rugby, c’est le top. Pour
commencer, il faut se farcir des transports en commun blindés, puis les trois filtrages à l’approche du SDF. M’enfin, vous entrez dans le Saint des
Saints, le Stade de France. Impressionnant quand vous passez sous les tribunes pour aboutir autour du pré.

De l’ambiance ? Zéro. Nada. Pour des tas de raisons. Les experts nous diraient que le niveau de jeu de l’équipe de France est faible. Que celui de
l’équipe d’Italie n’est pas fameux, voire catastrophique. En tant que spectateur novice, j’ai d’autres arguments.

Un pack un peu faible
Une banda de chaque côté du stade (donc séparées de 150 mètres). Une sono avec un DJ avant le match, à la mi-temps et après le match. Des
grands écrans. Un éloignement de la pelouse. Le seul truc qui m’a impressionné, c’est la hauteur et la longueur des coups de pied. Pour le reste,
on voit mieux dans son fauteuil à la maison, triste constat. Vous ajoutez un protocole réduit à sa plus simple expression, avec le sempiternel
orchestre de la Garde Républicaine. Vous saupoudrez de quelques drapeaux bleu-blanc-rouge sur les sièges. Vous mettez la bière à huit euros dans
l’enceinte du stade (plus deux euros de consigne pour le gobelet aux couleurs du Tournoi, ça fait dix euros). Et voilà, c’est emballé, vous avez le
pack. Un pack un peu faible pour gagner le Tournoi d'ailleurs. Rien de rien de plus.

Le pompon ? Des jingles pendant le match, pendant les arrêts de jeu, qui couvraient les bandas et les rares clameurs du public. Une catastrophe,
j’espère que la FFR n’a pas payé trop cher la prestation « Animation ».

Et la Marseillaise alors ? Qui n’a pas vibré au son de notre hymne ? Dans le stade, tout le monde ou presque entonne la Marseillaise, notre hymne
remis au centre des débats et même au programme de l’école primaire depuis le fameux épisode des sifflets et de la réaction de Jacques Chirac
en 2002. A la télé, une certaine émotion se dégage pendant la Marseillaise. Un travelling sur quinze costauds, serrés les uns contre les autres,
leurs regards, parfois leurs larmes, la clameur dans le stade, ça y est, on est chaud, lancez le match, monsieur l’arbitre !

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Un spectateur heureux, avant le match.

Sur place, c’est une toute autre impression. Vous ne voyez pas les joueurs. Le public chante avec plus ou moins de ferveur. Devant nous, un
groupe qui a eu des billets par le biais de son CE. Ils étaient plus dans le libertinage que dans la ferveur du supporteur. En cours de match,
quelques Marseillaises ont fusé, il y a eu quelques « holàs ! », mais rien qui ne vous prend aux tripes. Pour cela, il aurait fallu que sur le terrain
ou dans les tribunes, il se passe des choses qui créent de l’émotion. Ce n’est pas avec le jeu déployé et quelques effets sono que nous allions
nous enflammer.
Le bilan est sévère : c’était navrant. Le rapport qualité prix de cette sortie est catastrophique.

Nos dirigeants pensent-ils trouver encore longtemps des pigeons en organisant et en nous vendant de telles rencontres sportives ?
Forté, le président du CSP Limoges, a une réponse. Pour lui, clairement, il faut copier le modèle NBA. Avoir un spectacle autour du match. Ainsi,
les spectateurs repartent contents de leur soirée, même si le match n’a pas été terrible. Il y aura eu de la musique, des danses (du pool dancing ?),
des acrobates, des animations et le vulgum pecus aura été comblé. Vraiment ? Je ne suis pas convaincu. Iriez-vous encore au Palais si votre équipe
favorite enchaînait les défaites en déployant un jeu indigeste, juste pour voir des animations autour ?

Un modèle gaulois?
Il doit sûrement être possible de développer un modèle qui rassemblerait un grand nombre de fans. Notre caractère gaulois fait que nous aimons
la querelle de clochers. Limoges-Pau. Cholet-Le Mans. Dijon-Chalon. Le basketteur gaulois se délecte d’un derby ou d’une rivalité ancrée dans
l’histoire. Limoges-Strasbourg, depuis deux ans, c’est un rendez-vous qui mobilise fortement les supporteurs des deux clubs. A l’heure ou
l’Euroleague et la FIBA se déchirent pour nous imposer des ligues fermées, je pense qu’il faut se méfier.

A Orléans, il y a eu l’Euroleague. Ce n’était jamais arrivé et tout le monde avait compris que c’était un miracle qui ne se reproduirait sûrement
jamais. Après un premier match dans un Zenith complet, l’affluence n’a fait que baisser jusqu’au cinquième match, qui s’est joué dans une salle
remplie qu’aux deux tiers. Alors que la formule d’abonnement pour les cinq rencontres était franchement abordable. Je ne vois pas un club français
remplir une salle de 10 000 places dans une formule Euroleague avec 24 matchs avant d’attaquer les éliminations directes.

En revanche, je vois des salles de 5 000 – 7 000 places, avec ce qu’il faut autour pour se restaurer et s’abreuver. Oui j’insiste sur cet aspect. Une
bonne histoire gauloise se termine toujours par un banquet, non ? Pour remplir ces salles, il faut garantir un minimum de spectacle sportif, avec des
joueurs de basket qui jouent ensemble, qui s’emploient sur le terrain. La sono n’apporte rien à l’ambiance. Les animations autour du match, c’est
un léger plus, tout comme la visite d’un ancien ou d’un sportif d’une autre discipline. Le cube peut apporter aussi dans ce domaine, en diffusant des
vidéos. Mais c’est quoi le principal ? Pour moi, c’est bien la qualité du jeu et le niveau d’engagement des joueurs. Ces ingrédients peuvent générer
de l’émotion, de la ferveur dans le public et donner l’envie de revenir partager ces moments.

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Flo Pietrus et Wilfried Yeguete, deux joueurs qui donnent envie de venir au match.

Nos dirigeants connaissent-ils les motivations de leur public ? Je me le demande. Et vous, franchement, pourquoi allez-vous au Palais ? Je vous
propose cinq réponses et les mesures à prendre en fonction de la majorité qui se dégagera.

La question : « Pourquoi allez-vous au Palais ? »

Réponse N°1 : Pour voir l’Elan gagner, peu importe la manière.
La Ligue doit juste se préoccuper de proposer un championnat ouvert, avec un nombre de matchs limités, de bons gros playoffs et faire mousser les
rencontres opposants les éternels rivaux.

Réponse N°2 : Pour apprécier un bon niveau de basket, peu importe le vainqueur.
Il va falloir prendre un virage sur la formation, avec un peu plus de technique et d’intelligence de jeu. Garantir aussi une bonne qualité d’arbitrage,
avec une protection du jeu, sûrement aménager quelques règles.

Réponse N°3 : Pour passer une soirée entre potes, peu importe le prétexte.
Il faut absolument développer les buvettes et les restaurants dans un périmètre très proche de salles forcément plus polyvalentes.

Réponse N°4 : Pour utiliser des invitations, peu importe le contenu.
Ne rien changer, continuons comme ça.

Réponse N°5 : Pour assister à un show complet, peu importe le match.
Envoyer Forté en stage en NBA et l’élire à la tête de la Ligue.

Pas facile. Moi-même, j’hésite. Et vous ?

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